C'est trompeur un départ. Ce matin, il faisait super beau au Luxembourg. Romain Bardet se faisait coiffer au village départ par le barbier. Ce qui m'a permis de trouver la bonne blague du jour, en référence (pour ceux qui ne le savent pas) à Bernard Hinault. «Bardet sur les traces du Blaireau». Une vanne que j'ai conservé sans honte pour le journal du lendemain. Pas loin, Poulidor enquillaient les autographes et les photos à une vitesse qui lui aurait permis, 50 ans plus tôt, de porter au moins une fois le maillot jaune sur le Tour.

La journée était donc belle et on avait anticipé la victoire de Démare au sprint. On était bien. Mais Peter Sagan, son coup de folie et son coup de coude, ont tout changé. Déclassement puis expulsion du Tour. Et là, en plein cagnard, les nuages sont arrivés au-dessus de mon chapeau de paille (beaucoup plus élégant que le bob Cochonou ou la casquette Skoda).

Course dans la voiture, direction le Club Med de Vittel où l'équipe de Sagan et celle de Demarre logeaient. Là, le contraste, toujours fort, entre la joie des uns et la rage des autres. Il faut courir partout récuperer des réactions. On stresse, on bouge, on téléphone, on écrit. Bref on vit. Mais il fait chaud. Alors, un truc de fou, de déglingo complet : je décide de commander une eau gazeuse. Oui je sais c'est mon coté provocateur de demander une eau avec des bulles alors qu'on est à Vittel. Rebelle un jour, rebelle toujours.

Et là, le drame : la direction de l'hôtel, affolée par la meute médiatique, décide de fermer le bar à tout le monde. A priori, elle craint que tout ce qui porte une carte de presse se saoule avant d'agresser des vieilles curistes aux cheveux bleus et en peignoir. C'est tellement con que ça ne peut être inventé.

Une heure plus tard, Sagan a fait savoir qu'il ne parlerait pas. Les caméras sont reparties. Le bar a ouvert. J'avais le gosier sec mais j'ai boycotté l'établissement et son quart Perrier à neuf euros. Rancunier un jour... C'était une journée comme une autre sur le Tour.

euagazeuse