- «J'ai envie d'y croire»

- «Tu peux cette fois».

Ces deux phrases, et surtout ces deux derniers mots, je les ai échangées avec un patron d'une équipe française à propos du dopage.

Tous ceux qui ont aimé le vélo se sont sentis plus ou moins cocus un jour. A la question "Vous êtes vous déjà dopé?", un ancien grand champion m'avait dit un jour : «Je n'ai jamais été contrôlé positif» au lieu de «je ne me suis jamais dopé». Comme un type soupçonné d'adultère et qui dit, pour se défendre, que sa femme ne l'a jamais surpris en flagrant-délit...

Moi mon cocufiage ne vient pas des années Lance Armstrong où la saloperie et le cynisme crevaient l'écran. Lorsque le septuple non-vainqueur ouvrait les portes du marché américain au cyclisme, on tournait les yeux de l'autre coté.

C'est plutôt vers 2011 que je retrouve l'impression d'avoir été pris pour un naïf. Je les entends les beaux discours qu'on me tenait alors : «Viens visiter les chambres des coureurs, tu verras qu'on n'a rien à cacher». Le vilain mot de «corticoïdes» n'était pas encore arrivé à mes oreilles...

Mais cette fois, loin d'un Alain Souchon parlant il y a trois jours d'un cyclisme qui fait «mourrir à cinquante ans», j'ai envie de croire en Bardet.

Objectivement, le mec est d'une intelligence supérieure à la moyenne et pas dévoré par l'envie de vivre jaune et mourrir jeune. La gloire lui fait peur. Il souffre sur le vélo et dit que parfois, il n'arrive pas à attaquer. Il a une progression linéaire et logique. Et il n'arrive pas à acquérir ce supplément de puissance physique necessaire dans les contre-la-montre car son corps le lui refuse. Sauf à contourner les obstacles de la nature. Il reste un grimpeur frêle qui s'envole dans les coups de vent.

Alors voila, j'ai envie d'y croire. Parce que je crois profondemment, viscéralement, qu'il n'y a pas que dans les films que les gentils gagnent à la fin.

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